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Jan

Empreinte numérique et empreinte analogique : quand utiliser l’une plutôt que l’autre

Ces dernières années, les technologies numériques ont suscité un intérêt croissant dans de nombreux secteurs à travers le monde, de l’armée à l’ingénierie et même jusqu’au secteur des soins de santé, y compris la dentisterie. En particulier, avec l’avènement des systèmes CAD/CAM (conception et fabrication assistée par ordinateur), des technologies numériques ont été développées pour la prise d’empreintes intra-orales.

Cela implique l’utilisation de scanners, qui agissent comme un outil de collecte de données pour produire des images tridimensionnelles (3D) des objets (dents, arcades dentaires et tissus) numérisés, de la même manière que pour une empreinte analogique.

Aujourd’hui, les systèmes d’empreintes numériques utilisés dans la pratique clinique quotidienne sont très performants en termes d’exactitude et de précision, même si dans certains cas l’empreinte analogique reste irremplaçable et décisive pour donner au technicien une information clinique correcte.

Avantages des empreintes numériques

L’empreinte optique avec un scanner intra-oral (IOS) présente un certain nombre d’avantages et résout certains problèmes qui se posaient avec l’empreinte conventionnelle 1. Par exemple, les empreintes numériques permettent une communication plus rapide et, dans de nombreux cas, meilleure avec les prothésistes dentaires et les patients 2.

Avec l’empreinte numérique, la phase de production du modèle en plâtre est supprimée, ainsi que les éventuelles erreurs de moulage associées à l’empreinte analogique, et l’empreinte peut être stockée indéfiniment sous la forme d’un fichier STL. Il existe également la possibilité d’un accès extrêmement direct au flux de travail numérique et aux systèmes de travail CAD/CAM avec les technologies soustractives et additives, qui sont de plus en plus utilisées aujourd’hui par les prothésistes dentaires pour produire physiquement les prothèses ou les mésostructures.

En outre, l’empreinte numérique évite l’inconfort parfois causé au patient par le matériau d’empreinte, tel que les haut-le-cœur et le goût désagréable, tout en éliminant le risque d’apparition d’allergies potentielles aux matériaux d’empreinte 3,4. Techniquement, l’empreinte numérique est prise plus rapidement par le dentiste, notamment par rapport aux empreintes réalisées avec des matériaux mélangés à la main, bien que le résultat dépende beaucoup plus de l’opérateur.

Empreinte numérique comparée à un modèle numérisé en plâtre obtenu à partir d’une empreinte analogique

Avantages de l’empreinte analogique

L’empreinte analogique reste à ce jour le type d’empreinte le plus courant dans la plupart des cabinets dentaires 5. Les raisons en sont tout d’abord le coût bien moindre de l’empreinte analogique par rapport à l’empreinte numérique (tant dans le cas où l’empreinte est réalisée avec des matériaux tels que l’alginate, que dans le cas de l’utilisation d’élastomères).

Les scanners intra-oraux sont en fait très coûteux, non seulement au moment de l’achat, mais aussi par la suite, car il y a souvent des coûts annuels prévus pour les mises à jour et l’assistance. Tout cela exige que le dentiste ait un retour économique important sur l’investissement réalisé, ce que le dentiste peut ne pas être en mesure de garantir sur un court laps de temps.

Ensuite, il y a la question de la numérisation, qui implique parfois une courbe d’apprentissage abrupte 6, surtout pour les dentistes qui sont moins familiers avec les nouvelles technologies et qui représentent encore une grande partie de la dentisterie.

En outre, malgré l’exactitude et la précision élevées fournies par plusieurs scanners intra-oraux disponibles dans le commerce, dans certaines situations cliniques, les matériaux d’empreinte restent encore le premier choix 7.

Comparaison entre les empreintes numériques et analogiques

Dans une étude in vivo intéressante comparant des numérisations intra-orales et des empreintes conventionnelles en alginate de maxillaires édentés 7, il a été constaté que l’empreinte analogique était plus précise que l’empreinte numérique pour détecter les tissus mous périphériques, ce qui est important pour établir les zones marginales d’étanchéité périphériques des prothèses amovibles.

Les auteurs ont donc conclu que le scanner intra-oral ne peut être considéré comme valable que comme substitut de l’empreinte préliminaire, afin d’obtenir un modèle sur lequel construire un porte-empreinte individuel. Dans l’optique d’une réhabilitation de la prothèse amovible définitive, il est toutefois essentiel d’appliquer une pression dans les zones des tissus mous périphériques, ce qui est actuellement impossible sans une empreinte mucodynamique.

Une autre situation clinique désavantageuse des systèmes numériques par rapport aux systèmes d’empreinte traditionnels est celle où les marges de fin de préparation à détecter sur les dents sont sous-gingivales ou juxtagingivales 8 ou en cas de saignement de la gencive marginale.

Un chapitre distinct et très discuté concerne les prothèses sur implants. Dans ces cas, en particulier lorsque des réhabilitations de l’arcade complète doivent être réalisées sur des implants multiples, plusieurs études s’accordent à dire que tous les scanners intra-oraux ne sont pas adaptés à cette fin 9. En outre, plus l’arcade est grande, plus le poids des fichiers STL de sortie que le scanner devra exporter sera important (or les scanners présentent des limites d’exportation).

Cependant, pour les empreintes sur des implants multiples, le temps clinique nécessaire pour la prise d’une empreinte optique est nettement inférieur à celui requis pour une empreinte analogique 10. En outre, il ne faut pas oublier les éventuelles difficultés à retirer l’empreinte analogique de la bouche du patient en cas d’implants non parallèles entre eux, difficultés qui pourraient provoquer des distorsions du matériau d’empreinte en correspondance des transferts 3,11.

L’inverse est par contre vrai pour les prothèses fixes sur les dents naturelles où les empreintes conventionnelles sur l’ensemble de l’arcade prennent moins de temps et sont préférées par les opérateurs et les patients par rapport aux numérisations intra-orales 12.

Conclusions

L’empreinte numérique est désormais un outil de travail utile et avantageux dans la réalité clinique quotidienne. De nombreux défauts constatés dans les matériaux d’empreinte sont aujourd’hui surmontés par les empreintes numériques qui présentent des avantages indéniables en termes cliniques et temporels.

Cependant, l’empreinte analogique continue à être considérée comme la référence dans certaines situations cliniques et la plus utilisée dans le monde de la dentisterie.

À l’avenir, il sera intéressant de voir comment les défauts de l’une et de l’autre méthode pourront être surmontés en intégrant les deux systèmes d’empreinte.


Bibliographie

1.   Zimmermann, M., Mehl, A., Mörmann, W. H. & Reich, S. Intraoral scanning systems – a current overview. Int. J. Comput. Dent. 18, 101–129 (2015).

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6.   Mangano, F., Gandolfi, A., Luongo, G. & Logozzo, S. Intraoral scanners in dentistry: a review of the current literature. BMC Oral Health 17, 149 (2017).

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8.   Mangano, F. G., Margiani, B., Solop, I., Latuta, N. & Admakin, O. An Experimental Strategy for Capturing the Margins of Prepared Single Teeth with an Intraoral Scanner: A Prospective Clinical Study on 30 Patients. Int. J. Environ. Res. Public. Health 17, (2020).

9.   Di Fiore, A. et al. Full arch digital scanning systems performances for implant-supported fixed dental prostheses: a comparative study of 8 intraoral scanners. J. Prosthodont. Res. 63, 396–403 (2019).

10. Lee, S. J. & Gallucci, G. O. Digital vs. conventional implant impressions: efficiency outcomes. Clin. Oral Implants Res. 24, 111–115 (2013).

11. Baig, M. R. Multi-unit implant impression accuracy: A review of the literature. Quintessence Int. Berl. Ger. 1985 45, 39–51 (2014).

12. Sailer, I., Mühlemann, S., Fehmer, V., Hämmerle, C. H. F. & Benic, G. I. Randomized controlled clinical trial of digital and conventional workflows for the fabrication of zirconia-ceramic fixed partial dentures. Part I: Time efficiency of complete-arch digital scans versus conventional impressions. J. Prosthet. Dent. 121, 69–75 (2019).


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